La mosquée Notre-Dame de Paris, un roman à lapider

Un livre qui avait tout pour me plaire. Un livre qui a eu du succès dans un pays profondément réactionnaire. Un livre refusé par tous les éditeurs français en place, et ce malgré son succès russe et son histoire qui se déroule à Paris. Un livre avec un côté anticipation/thriller qui imagine, dans un futur pas très lointain, l’aventure d’un petit groupe de Français ayant refusé de se convertir à l’Islam et résolu à sauver cette ex-cathédrale de la capitale de la fille aînée de l’Eglise.

Une amie russe, à qui j’ai suggéré de le réécrire, me jure qu’il est parfait dans sa langue natale ;

J’ai un gros doute.

Le livre commence bien pourtant, avec une petite lapidation sous l’Arc de Triomphe d’un producteur de vin clandestin et la description d’une séance de shopping à la mode voilée tout à fait réaliste. Et puis ça se gâte, les personnages se rencontrent et se mettent à parler. Pas tellement les musulmans car ils sont dans ce roman uniquement veuls, cruels et stupides (à ce degré de bêtise on se demande quand même comment ils ont réussi à prendre le pouvoir) alors que les non-convertis, au contraire, aiment à philosopher dans les catacombes et au cours des combats les plus acharnés. D’un naturel impatient, j’ai beaucoup survolé ces dialogues visant à faire comprendre comment les élites occidentales ont abdiqué devant l’Islam. Quelques remarques convaincantes, en particulier sur l’abandon de l’Église catholique à détenir seule la vérité à l’occasion du concile de Vatican II ou sur l’épuration ethnique menée contre les Serbes. En revanche, je suis beaucoup plus sceptique, c’est un euphémisme, sur l’importance du passage de la messe du latin au français, souligné par l’auteur à moultes et moultes reprises.

Pour résumer, c’est le prototype du roman bourré de bonnes idées scénaristiques mais complètement raté car son auteuse (Elena Tchoudinova) veut à tout prix faire ses passer ses thèses au travers de celui-ci. Du coup, elle invente des personnages à la psychologie improbable, juste là pour des dialogues à la mords moi le nœud sur la Sainte-fraternité Pie X. Et le côté aventures/suspense passe complètement à la trappe. Je voulais un Pierre Bordage russe, et je me suis retrouvé avec une conférence de Soljenytsine.

A noter, ce qui m’a bien fait rire (ce fut d’ailleurs le seul moment), que le passage le plus machinphobe du livre ne concerne pas les Arabes ou les Noirs, ces derniers présentés uniquement sous l’angle d’assistés sociaux, mais un peuple parfaitement inséré dans l’Union européenne. Je cite : « Peuple cruel, presque incapable de magnanimité, pragmatique jusqu’à la mesquinerie (…) ils avaient parasité l’Europe entière avec leur obsession du profit (…) » Non, ce n’est pas un extrait d’un pamphlet de Céline, c’est juste une Russe contemporaine qui parle des Polonais…

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3 réflexions au sujet de « La mosquée Notre-Dame de Paris, un roman à lapider »

  1. Ce livre me disait quelque chose.
    Je suis allée rechercher sur le blog de Criticus et je pense que vous serez intéressé par son avis sur ce livre.

    http://criticusleblog.blogspot.fr/2009/04/la-mosquee-notre-dame-de-paris-annee.html

    Vous verrez qu’il est mitigé, pas obligatoirement pour les mêmes raisons que vous, Mais ce billet date d’Avril 2009 et les choses ont bien changé depuis.
    Je n’ai pas lu le livre et ne peux pas en parler.

  2. Oui, critique intéressante, sur le fonds, assez complémentaire de la mienne qui se focalisait plutôt sur l’aspect proprement littéraire.
    Toutefois, je crois que Criticus fait une grave erreur (mais je ne lui jette pas la pierre, il n’y a pas longtemps je pensais comme lui) en disant qu’il y a une occidentalisation des populations immigrées. Ce n’est plus le cas, en tout cas pour l’immigration musulmane. Il n’y a pas plus de nécessité de se balader en djellaba à Paris qu’il n’y en avait pour les Anglais à se balader en costume 3 pièces col en celluloïd dans l’été de Calcutta. Aucune, si ce n’est marquer sa différence irrémédiable. Pour l’anecdote, j’ai vu moins d’hommes en djellaba dans la campagne du Sud tunisien en une semaine que dans ma banlieue en un jour.

    • C’est l’expression de la volonté de conquête.
      Les musulmans sont chez eux en Tunisie, ils n’ont rien à conquérir (sauf luttes de tendances, évidemment).
      Ils veulent conquérir l’Europe, se veulent donc le plus visibles possibles.
      Et ça marche, hélas, avec l’aide de nos vendus.

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