Houellebecq is back

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Louisferdinancélinisation avec l’âge

Extrait de l’interview donnée par Houellebecq au Point. Il est de retour de 10 ans en Irlande

D’abord, j’ai constaté une nette paupérisation du pays et une extrême méfiance envers les gouvernants, le mot de méfiance est même trop faible, ça confine à l’hostilité pure et simple, c’est devenu si violent que je pense que le passage à la démocratie est devenu nécessaire. Le seul régime auquel je reconnaisse le nom de démocratie, c’est celui où les projets de loi viennent d’une initiative populaire et sont adoptés ou rejetés par référendum. La Suisse est le seul, un petit peu.

Je rentre dans un pays beaucoup moins libre que celui que j’ai connu il y a dix ans. J’ai gagné en 2002 un procès que je perdrais probablement aujourd’hui, c’est comme la grenouille qu’on ébouillante petit à petit, mais quand on vient de rentrer c’est quand même frappant.

Arnaud Montebourg, c’est son boulot de nous mentir, et il le fait très bien, par ailleurs je le trouve sympathique, un petit côté mister Bean.

On peut arriver à être un pays demi-pauvre pas si malheureux.

Je ne me suis jamais senti obligé d’être réjouissant.

Il est clair que la progression de l’islam dans les banlieues améliore la sécurité. Les gens deviennent plus sages lorsqu’ils deviennent plus pieux. L’islam agace les Français, c’est vrai, mais c’est parce qu’ils constatent un mode de vie différent qui s’installe et qui les rejette.

Et surtout :

Ce matin, j’ai fait des courses au Géant Casino. J’ai l’impression de m’être nourri en expériences humaines pour 50 pages de roman […] Dans mon immeuble, j’ai la chance de participer à des conversations sur les gaines d’eau chaude, l’éclairage du hall… j’ai l’impression en fait qu’il y a déjà trop d’évènements dans ma vie […]

J’adore ce type !

La mosquée Notre-Dame de Paris, un roman à lapider

Un livre qui avait tout pour me plaire. Un livre qui a eu du succès dans un pays profondément réactionnaire. Un livre refusé par tous les éditeurs français en place, et ce malgré son succès russe et son histoire qui se déroule à Paris. Un livre avec un côté anticipation/thriller qui imagine, dans un futur pas très lointain, l’aventure d’un petit groupe de Français ayant refusé de se convertir à l’Islam et résolu à sauver cette ex-cathédrale de la capitale de la fille aînée de l’Eglise.

Une amie russe, à qui j’ai suggéré de le réécrire, me jure qu’il est parfait dans sa langue natale ;

J’ai un gros doute.

Le livre commence bien pourtant, avec une petite lapidation sous l’Arc de Triomphe d’un producteur de vin clandestin et la description d’une séance de shopping à la mode voilée tout à fait réaliste. Et puis ça se gâte, les personnages se rencontrent et se mettent à parler. Pas tellement les musulmans car ils sont dans ce roman uniquement veuls, cruels et stupides (à ce degré de bêtise on se demande quand même comment ils ont réussi à prendre le pouvoir) alors que les non-convertis, au contraire, aiment à philosopher dans les catacombes et au cours des combats les plus acharnés. D’un naturel impatient, j’ai beaucoup survolé ces dialogues visant à faire comprendre comment les élites occidentales ont abdiqué devant l’Islam. Quelques remarques convaincantes, en particulier sur l’abandon de l’Église catholique à détenir seule la vérité à l’occasion du concile de Vatican II ou sur l’épuration ethnique menée contre les Serbes. En revanche, je suis beaucoup plus sceptique, c’est un euphémisme, sur l’importance du passage de la messe du latin au français, souligné par l’auteur à moultes et moultes reprises.

Pour résumer, c’est le prototype du roman bourré de bonnes idées scénaristiques mais complètement raté car son auteuse (Elena Tchoudinova) veut à tout prix faire ses passer ses thèses au travers de celui-ci. Du coup, elle invente des personnages à la psychologie improbable, juste là pour des dialogues à la mords moi le nœud sur la Sainte-fraternité Pie X. Et le côté aventures/suspense passe complètement à la trappe. Je voulais un Pierre Bordage russe, et je me suis retrouvé avec une conférence de Soljenytsine.

A noter, ce qui m’a bien fait rire (ce fut d’ailleurs le seul moment), que le passage le plus machinphobe du livre ne concerne pas les Arabes ou les Noirs, ces derniers présentés uniquement sous l’angle d’assistés sociaux, mais un peuple parfaitement inséré dans l’Union européenne. Je cite : « Peuple cruel, presque incapable de magnanimité, pragmatique jusqu’à la mesquinerie (…) ils avaient parasité l’Europe entière avec leur obsession du profit (…) » Non, ce n’est pas un extrait d’un pamphlet de Céline, c’est juste une Russe contemporaine qui parle des Polonais…